Sommaire
Introduction
1 - Diagnostic étiologique
2 - Conclusion
Points essentiels
Introduction
Cette question est dominée par :
- le risque de méconnaître une maladie bulleuse qui sur les muqueuses
se présente toujours comme une érosion ;
- l'importance des maladies sexuellement transmissibles (MST) quand il s'agit
de lésions génitales.
L'orientation diagnostique suppose donc de savoir reconnaître la véritable lésion initiale qui, si elle n'est pas l'érosion ou l'ulcération peut être aussi diverse qu'une vésicule, une bulle, un érythème caustique, un aphte ou une lésion inflammatoire ou tumorale. L'anamnèse et l'examen clinique, préalables à des explorations paracliniques sélectives éventuelles, restent donc la clé du diagnostic.
1
- Diagnostic étiologique
Il est essentiel de ne pas méconnaître une lésion extrinsèque
simplement provoquée, traumatique ou caustique.
Si ce n'est pas le cas, l'orientation étiologique se fait dans deux directions sensiblement différentes selon la topographie orale ou génitale et selon le profil évolutif (aigu ou chronique) des lésions, la chronicité imposant en règle générale une biopsie.
a)
Les lésions de la muqueuse buccale ou orale
Aphtes
Ce sont des ulcérations de petite taille, uniques ou multiples, à
fond jaune cerné d'un bord rouge, non indurées, évoluant
en huit à dix jours, fréquentes sur la muqueuse buccale, mais
parfois bipolaires oro-génitales avec possibilité de variantes
(aphtes nécrotiques ou géants).
L'aphtose idiopathique bénigne est la forme la plus fréquente avec souvent réactivation par certains contacts alimentaires (agrumes, tomate, noix, gruyère).
Le caractère bipolaire d'une aphtose (oro-génitale) impose de rechercher des éléments suggestifs d'une maladie de Behçet (aphtes plus graves, pseudofolliculites cutanées, hypersensibilité aux points d'injection, uvéite antérieure, atteinte neurologique ou articulaire, phlébite superficielle, terrain génétique HLA B5).
Ulcérations
traumatiques ou chimiques
Souvent uniques et douloureuses, elles sont envisagées sur l'aspect (contours
géographiques, nécrose jaunâtre), la topographie et l'anamnèse
(prothèse inadaptée, traumatisme dentaire, hygiène bucco-dentaire
agressive, contact caustique). Les ulcérations traumatiques ou chimiques
doivent guérir en 8 à 15 jours après suppression de la
cause : en l'absence de guérison, le passage à la chronicité
doit faire suspecter un phénomène d'entretien, par complication
infectieuse, ou un carcinome.
Un contexte
psychologique peut faire évoquer une lésion artificielle provoquée
par un pathomime : de telles lésions sont plus fréquentes sur
la muqueuse génitale.
b)
Ulcérations virales (post-vésiculeuses)
Herpès
C'est la cause virale la plus fréquente : l'érosion est polycyclique
et succède à un bouquet de vésicules sur une base érythémateuse.
L'évolution est suintante et douloureuse, parfois croûteuse ou
aphtoïde accompagnée parfois d'adénopathies satellites et
d'un fébricule.
La forme majeure de gingivostomatite fébrile érosive est caricaturale d'une primo-infection herpétique.
La forme récurrente d'érosions récidivant au même site et en particulier sur la lèvre sous l'effet de facteurs déclencheurs (épisodes d'affections fébriles, exposition solaire, stress, menstruation) est une évidence diagnostique. Les récurrences herpétiques sont rarement strictement muqueuses ; elles surviennent plus souvent sur le vermillon des lèvres et autour.
En cas de doute, le diagnostic est assuré formellement par la recherche du virus en culture (résultat en 24 à 48 heures) qui permet de préciser la souche en cause : HSV1 étant plutôt impliqué dans les lésions buccales et HSV2 dans les lésions génitales. Le sérodiagnostic (IgM) n'a d'intérêt que pour la primo-infection.
Autres
infections virales
Elles peuvent induire des érosions ou ulcérations buccales qui
ne sont en général pas au premier plan.
Varicelle
et zona
Lésions similaires à celles de l'herpès mais plus étendues,
endojugales, d'évolution aphtoïde pour la varicelle, ou avec regroupement
lésionnel sur le territoire muqueux des nerfs V (trigéminé),
VII (facial) ou glossopharyngien (IX) en accompagnement d'un zona cutané.
Infection
à virus Coxsackie
Pharyngite vésiculeuse (dite « herpangine ») avec dysphagie
fébrile par atteinte des muqueuses postérieures de la bouche (Coxsackie
du groupe A) ou syndrome mains-pieds-bouche associant des vésicules buccales
(due à Coxsackie A16), à des vésicules oblongues des mains,
des pieds et parfois des fesses dans un contexte de fièvre.
Primo-infection
à VIH
Exceptionnellement, des érosions buccales suggèrent une primo-infection
à VIH : les lésions sont aphtoïdes et accompagnent un exanthème
morbilliforme (diagnostic sur le contexte, avec demande d'antigènémie).
c)
Candidoses
Les candidoses peuvent s'exprimer par des érosions douloureuses recouvertes
d'un enduit blanchâtre sur zone inflammatoire étendue : de telles
lésions imposent de rechercher un facteur favorisant local ou général
(déficit immunitaire, diabète). Il faut se garder d'un diagnostic
par excès : Candida albicans n'est en fait souvent qu'un opportuniste
devenu secondairement pathogène sur une lésion érosive
primitive.
d)
Infections bactériennes
Les infections à germes banals peuvent induire des ulcérations
muqueuses chroniques voire extensives en cas de déficit immunitaire et
s'accompagnent d'adénopathies satellites. Les principales causes infectieuses
spécifiques sont du domaine des MST (syphilis, chancre mou) et sont beaucoup
plus habituelles sur les muqueuses génitales (cf infra).
Les lésions ulcéro-nécrotiques et les gangrènes aiguës à germes anaérobies sont d'évolution délabrante et sont plutôt observées en topographie génitale que buccale.
e)
Lésions post-bulleuses
Toute lésion érosive persistante ou récidivante peut être
la conséquence d'une nécrose épithéliale intervenant
dans le cadre d'une toxidermie, d'un érythème polymorphe ou d'une
maladie bulleuse auto-immune.
Les
maladies bulleuses auto-immunes
Les lésions muqueuses peuvent être le mode de début plus
ou moins étendu (érosion isolée ou stomatite érosive)
d'une maladie bulleuse cutanéo-muqueuse auto-immune dont le diagnostic
repose sur la clinique, la biopsie (clivage interkératinocytaire ou sous-épithélial)
et la recherche d'anticorps, circulants ou fixés, anti-ICS (substance
intercellulaire) ou anti-zone de la membrane basale des épithéliums
malpighiens.
La plus fréquente des causes est le pemphigus, maladie cutanéo-muqueuse à bulles flasques par clivage inter-kératinocytaire (ou acantholyse).
L'érythème
polymorphe (cf dermatoses bulleuses) et le syndrome de Stevens Johnson
Ces dermatoses aiguës érythémato-bulleuses, parfois récidivantes,
peuvent être de localisation muqueuse prédominante. Les lésions
muqueuses sont douloureuses, souvent d'évolution érosive aphtoïde.
En cas d'atteinte muqueuse grave, la cause est surtout médicamenteuse
(toxidermie aux sulfamides, AINS, antibiotiques, barbituriques). L'érythème
polymorphe post-herpétique donne plus souvent des formes moins graves,
de topographie labiale et en tout cas plus limitées avec des récurrences
plus fréquentes.
f)
Causes néoplasiques
Des stomatites érosives surviennent au cours d'hémopathies à
la suite d'agranulocytoses (stomatite avec pseudomembranes), de chimiothérapies
(Adriamycine®, Méthotrexate®) ou du fait de localisations lymphomateuses
érosives spécifiques.
Une ulcération buccale chronique et indolore doit faire évoquer un carcinome spinocellulaire ulcéré : la lésion est indurée, saigne au contact et peut survenir sur un terrain particulier (lésion pré-carcinomateuse leucoplasique ou lichen érosif) avec influence de cofacteurs (mauvaise hygiène bucco-dentaire, alcoolo-tabagisme).
g)
Causes dermatologiques inflammatoires peu fréquentes
Le lichen érosif se caractérise par des lésions douloureuses
des muqueuses jugales et linguales survenant sur un réseau blanchâtre.
La maladie de Crohn peut s'exprimer par des ulcérations inflammatoires aphtoïdes, buccales ou péri-anales.
h)
Lésions des muqueuses génitales
Elles ont les mêmes causes que les lésions buccales (aphtes, infections,
maladies bulleuses et érosions physiques ou caustiques par topiques locaux
inappropriés) mais avec une fréquence dominante des MST.
La
syphilis
Le chancre syphilitique d'inoculation apparaît trois semaines après
le contage : c'est une érosion propre et bien limitée, indurée,
indolore, parfois multiple avec possibilité d'autres localisations (buccale
ou anale). Sa sémiologie peut être modifiée par une surinfection
(chancre mixte avec bacille de Ducrey) ou par une évolution nécrotique
ou inflammatoire. Il s'accompagne d'adénopathies indolores dans les formes
non compliquées.
Le diagnostic est confirmé par l'examen du frottis au microscope à fond noir et par le sérodiagnostic FTA (le plus précoce, dès le 5ème jour), puis TPHA et VDRL.
Des lésions érosives génitales et buccales apparaissent en phase tardive : les plaques muqueuses buccales dites « plaques fauchées » accompagnent des lésions cutanées parfois papulo-érosives génitales et péri-anales riches en tréponèmes.
Le
chancre mou
C'est un chancre inflammatoire non induré de présentation infectieuse
à enduit sanieux cerné de jaune et de rouge, avec des ganglions
inflammatoires. Le chancre survient très vite après le contage
(5ème jour). Haemophilus ducreyi est à rechercher sur le chancre
ou dans les ganglions.
L'épidémiologie de cette infection par le bacille du Ducrey, dans un contexte de prostitution portuaire ou de contamination sous les tropiques, impose de rechercher la coinfection avec la syphilis.
i)
La maladie de Nicolas et Favre
Rare, cette maladie liée à Chlamydia trachomatis (sérotype
L1 à L3) commence parfois par un petit chancre éphémère,
associé à des adénopathies multiples inflammatoires à
tendance fistuleuse où le prélèvement bactériologique
mettra en évidence les Chlamydiae. Le sérodiagnostic en immuno-fluorescence
sera positif.
j)
La donovanose
C'est une infection due à une klebsielle, plus rare encore, d'origine
spécifiquement tropicale.
k)
Ulcération génitale extensive et rebelle de l'immunodéprimé
Une telle ulcération doit faire évoquer une infection opportuniste
ou une autre cause inhabituelle qui imposeront frottis et biopsie. Le terrain
immuno-déprimé favorise aussi une présentation atypique
de lésions plus habituelles : herpès chronique, surinfection candidosique,
syphilis, infection à germe banal.

2
- Conclusion
En pratique, devant une érosion ou une ulcération muqueuse, ce
sont l'anamnèse et l'analyse précise de la lésion élémentaire
et de sa topographie qui donneront des orientations diagnostiques distinctes,
qui prennent en considération le profil évolutif.
Une ulcération chronique est toujours suspecte d'une nature carcinomateuse et impose toujours une biopsie même si la topographie génitale impose par principe d'envisager la possibilité d'une MST et d'élargir éventuellement l'examen au partenaire sexuel.
Une ulcération aiguë, orale ou génitale est aussi bien suggestive d'une cause extrinsèque traumatique ou chimique que d'une origine virale ou médicamenteuse.
Compte tenu des remaniements infectieux ou inflammatoires qui ne manquent pas de survenir sur les muqueuses (en particulier avec les levures du genre Candida), il faut une grande précision dans la démarche diagnostique pour dégager l'essentiel de l'anamnèse et de la sémiologie en précisant plus particulièrement l'aspect lésionnel initial de la lésion.
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L'érosion et l'ulcération sont des lésions élémentaires
de diagnostic clinique, de causes très diverses. |