Sommaire

Introduction

1 - Rubéole
2 - Varicelle
3 - Cytomégalovirus
4 - Parvovirus 19
5 - Herpès
6 - Hépatites
7 - HIV

Points essentiels

 


Introduction

On distingue :

Les tableaux 1 et 2 présentent la fréquence de ces infections pendant la grossesse, les risques fœtaux et néonataux, et les mesures préventives disponibles. Quelques points méritent d’être soulignés.

Tableau 1. Virus transmissibles pendant la grossesse.

 

Nombre de cas par an chez la femme enceinte

Transmission
maternofœtale

Conséquences
(en % des cas maternels)

Prévention

 

Rubéole

 

1/20.000

 

60 à 90% au 1er trimestre

 

  • Avant 12 SA : 50 à 80% de malformations (SNC, yeux, cœur).
  • Entre 13 et 18 SA : risque de surdité.
  • Après 18 SA : risques quasi nuls.

 

  • Vaccination des filles avant la puberté.
  • Contrôle sérologique préconceptionnel.
  • Vaccination après la grossesse des femmes enceintes séronégatives.

 

Varicelle

 

1/2000

 

8% aux deux premiers trimestres.
50% au 9è mois.

 

  • Avant 20 SA : 1 à 2% de malformations (peau, SNC, yeux, squelette).
  • Risque maternelle de pneumopathie grave tout au long de la grossesse
  • Dans la semaine avant l’accouchement : 50% de varicelles néonatales ; haut risque de mort ou de séquelles lourdes.

 

  • Immunoglobulines spécifiques moins de 3 jours après un contage. Elles ne sont pas disponibles en France.
  • Avenir : vaccination préconceptionnelle des femmes séronégatives.

 

Cytomégalovirus

 

PI 1/200
Surtout des mères de jeunes enfants vivant en collectivité (crèches)

 

30 à 40 % en cas de PI

 

  • Aucune : 90%.
  • Surdité : 5%.
  • Formes sévères : 5% (RCIU, microcéphalie, hydrocéphalie, retard intellectuel, …)

 

Conseils d’hygiène aux mères de jeunes enfants, surtout si placés en crèche : ne pas embrasser l’enfant sur la bouche, ne pas porter ses jouets à la bouche, se laver les mains après s’être occupé de l’enfant.

 

Parvovirus B19

 

Mal connu :
1/200

 

30%

 

Risque d’anasarque et de mort fœtale in utero par anémie et cardiomyopathie (fréquence mal chiffrée, mais < 10%)

 

  • Pas de prévention primaire.
  • En cas de séroconversion connue, surveillance échographique renforcée, puis transfusion in utero en cas d’anasarque.

Tableau 2. Virus transmissibles à l’accouchement

 

Prévalence
chez la femme enceinte

Transmission
maternofœtale

Conséquences

Prévention

 

Herpès

 

  • 3 à 5% des femmes ont des antécédents connus d’herpès génital.
  • 20% sont séropositives pour HSV 2

 

  • 50% si primo-infection < 1 mois
  • 2 à 5% si récurrence < 1 semaine
  • < 1 / 1000 dans les autres cas
  • 1/10000 si pas d’antécédents connu=2/3 des contaminations néonatales
  • Au total, moins de 50 cas par an

 

L’herpès néonatal est très rare mais gravissime. Plus de la moitié des enfants décède ou garde de lourdes séquelles.

 

  • Acyclovir au 9è mois chez les femmes à haut risque (récurrences fréquentes ou pendant la grossesse).
  • Césarienne si primo-infection < 1 mois, ou récurrence < 1 semaine, ou lésions suspectes à l’entrée en salle de travail.

 

Hépatite B

 

1 000 à 1 500 cas par an
Surtout,

  • régions parisienne et lyonnaise
  • immigrés d’Afrique Noire et d’Asie du Sud-Est

 

Dépend de la réplication virale :

  • 90% si présence d’ADN viral (recherche par PCR)
  • 10 à 20% si ADN viral négatif et anticorps anti-Hbe négatifs
  • Proche de 0 si anticorps anti-Hbe positifs

 

90% de passage à la chronicité avec haut risque de cirrhose et de carcinome hépatocellulaire.

 

  • Vaccination des femmes à risque.
  • Recherche obligatoire de l’antigène HBs pendant la grossesse

    Entre 25 et 27 SA.

  • Immunoglobulines et vaccination du nouveau-né si la mère est porteuse de l’antigène HBs.

 

Hépatite C

 

5 à 7 000 cas par an
Facteurs de risque

  • Toxicomanie
  • Antécédents transfusionnels.
  • Populations d’Afrique Noire

 

Globalement : < 5%

  • Proche de 0 si charge virale indétectable.
  • 15 à 20% en cas de séropositivité HIV

 

Mal connues

 

  • Le dépistage n’est recommandé que chez les femmes à risque.
  • Si séropositivité connue, discuter un traitement antiviral préconceptionnel (interféron a2, ribavirine) pour faire baisser la charge virale. Ces produits sont formellement contre-indiqués chez la femme enceinte.

 

HIV

 

1 000 à 1 500 cas par an
(0.5% des femmes enceintes en Ile-de-France et région PACA)

 

En moyenne :

  • Sans traitement : 15 à 20%
  • Avec AZT seul : 6 à 8%
  • Sous trithérapie : 1%

Le risque dépend de la charge virale : proche de 0 si charge virale indétectable.

 

Evolution plus rapide vers le SIDA chez l’enfant.

 

  • Sérologie HIV au 1er trimestre. A proposer obligatoirement.
  • Traitement antirétroviral pendant la grossesse, surtout en fin de grossesse et à l’accouchement, et chez le nouveau-né.
  • Discuter césarienne prophylactique au début du 9è mois. Inutile si charge virale très faible ou indétectable.

 

L’intérêt d’un dépistage systématique dépend du risque fœtal, de la fiabilité du diagnostic prénatal, et des possibilités de prévention. Les infections à cytomégalovirus, parvovirus B19 et hépatite C sont beaucoup plus fréquentes mais la difficulté du diagnostic prénatal et l’absence de traitement préventif simple plaident contre le dépistage.

 

1 - Rubéole

On trouve encore près de 5% de femmes enceintes non immunisées et cette situation est profondément anormale. Il n’y a, certes, que quelques dizaines de cas annuels de rubéole pendant la grossesse, mais le risque fœtal est majeur au 1er trimestre et ces cas pourraient être facilement évités par le contrôle sérologique préconceptionnel et la vaccination des femmes séronégatives en post-partum immédiat.
En cas de sérologie positive en début de grossesse, il s’agit habituellement d’une immunité en rapport avec une vaccination ancienne, parfois oubliée. Mais il peut s’agir d’une rubéole récente, à haut risque fœtal.

En cas d’ascension significative du taux d’anticoros, Il peut s’agir,

Des examens biologiques spécialisés sont indispensables.

Une primo-infection prouvée au 1er trimestre pose la question d’une interruption médicale de la grossesse (IMG) et impose l’avis d’un centre pluridisciplinaire de diagnostic prénatal. Après entretien et information du couple, on peut proposer :

 

2 - Varicelle

Les deux principaux risques sont maternels du fait de l’existence de pneumopathies beaucoup plus graves et des varicelles néonatales liées à une varicelle maternelle dans la période précédent la naissance.

En cas de varicelle maternelle en fin de grossesse, essayer de retarder l’accouchement par un traitement tocolytique +/- traitement antiviral par Acyclovir est habituelle bien que son efficacité dans cette indication soit encore mal documentée et consignes d’hygiène très strictes pour le personnel soignant.

 

3 - Cytomégalovirus

C’est la plus fréquente des infections maternofœtales.

 

4 - Parvovirus 19

L’infection à Parvovirus B19, ou « 5è maladie », est ubiquitaire. A 5 ans, 50% des enfants sont immunisés. Les symptômes sont anodins : fébricule, rougeur des pommettes, discrète éruption maculeuse rose pâle et quelques arthralgies qui disparaissent en quelques jours. Elle passe presque toujours inaperçue.

Le diagnostic est sérologique :

La sérologie doit être demandée dans 3 circonstances :

Une séroconversion impose une surveillance échographique étroite pendant trois mois à la recherche de signes d’anémie sévère : lame d’ascite, hydramnios puis anasarque.

 

5 - Herpès

Il y a un contraste saisissant entre la banalité de l’herpès génital chez la femme enceinte (20% de femmes enceintes séropositives) et l’extrême rareté de l’herpès néonatal (moins de 50 cas par an). Des antécédents d’herpès génital récurrent ou la survenue d’une récurrence avant le 9ème mois n’ont donc rien d’alarmant. La tendance actuelle, chez ces femmes, est de prescrire de l’acyclovir au 9ème mois. La césarienne prophylactique est devenue exceptionnelle et ne se justifie qu’en cas de primo-infection < 1 mois, récurrence < 1 semaine sans traitement par acyclovir, ou lésions vulvaires à l’entrée en salle de travail.
Il faudra rechercher en début de travail, des lésions vulvaires en cas d’antécédents personnels ou du conjoint et on recommandera de réaliser des prélèvements chez le nouveau-né.

 

6 - Hépatites

>Hépatite B

La transmission verticale est surtout per et post-natale. Sa fréquence dépend de la réplication virale, évaluée par la recherche de l’ADN viral et des anticorps anti-HBe :

Le nouveau-né contaminé fait une maladie plus sévère que chez l’adulte : 90 % de passage à la chronicité, risque élevé de cirrhose et de carcinome hépatocellulaire.

La prévention est efficace, basée sur :

La grossesse et l’hépatite C ont très peu d’influence l’une sur l’autre. On observe souvent une diminution des transaminases en fin de grossesse, suivie d’une réascension après l’accouchement. Le principal risque est la transmission verticale du virus :

Allaitement. Le VHC passe peu dans le lait maternel. Une conférence de consensus de 1999 a conclu que l'allaitement n'est pas associé à un risque accru de contamination néonatale et n'est pas contre-indiqué.

 

7 - HIV

La transmission mère enfant, qui était de 15 à 20% en l’absence de prévention, est d’environ 1% avec les traitements antirétroviraux actuels. Pour l’intérêt de l’enfant (et de la mère), la séropositivité de sa mère doit être connue. Le dépistage doit être systématiquement proposé même s’il n’est pas obligatoire pour l’instant.
Le risque de transmission est influencé par des facteurs maternels et obstétricaux.

 

Points essentiels

  • Il existe deux modes de transmission de contamination materno-fœtale selon les virus : ceux transmissibles pendant la grossesse et responsables d'effets tératogènes ou d'une maladie fœtale : rubéole, varicelle, cytomégalovirus, parvovirus B19, et ceux transmissibles en fin de grossesse et pendant l'accouchement et entraînant une maladie infantile, souvent plus sévère que la forme adulte : HIV, hépatites B et C, herpès génital.
  • Rubéole :
    • Fréquence chez la femme enceinte : 61 cas en 2000,
    • Transmission maternofoetale : 60 à 90% au premier trimestre,
    • Conséquences : Rubéole avant 12 SA : 80 à 100% de malformations. Rubéole entre 13 et 18 SA : risque de surdité, les autres complications sont moins fréquentes. Rubéole après 18 SA : risques quasi nuls,
    • Prévention : Vaccination des filles avant la puberté (légalement recommandée mais pas obligatoire). Contrôle sérologique préconceptionnel. Vaccination après la grossesse des femmes enceintes séronégatives.
  • Varicelle :
    • Fréquence chez la femme enceinte : Moins de 500 cas par an,
    • Transmission maternofoetale : 8% aux deux premiers trimestres. 50 % au 9è mois,
    • Conséquences : Avant 20 SA : 2 à 3 % de malformations (peau, SNC, yeux, squelette). Après 20 SA : 1 à 2% de zona dans la première année. Varicelle dans la semaine précédant l'accouchement : 50 % de varicelles néonatales ; complications fréquentes et sévères,
    • Prévention : Immunoglobulines spécifiques < 3 jours après le contage. Un vaccin existe mais n'est pas encore utilisé dans la population générale (avenir : vaccination préconceptionnelle des femmes séronégatives ?).
  • CMV :
    • Fréquence chez la femme enceinte : 0.5% des grossesses =>3 600 séroconversions par an,
    • Transmission maternofoetale : 40% =>1 500 infections congénitales par an,
    • Conséquences : Aucune : 80% ; surdité : 10% ; formes sévères : 10% (RCIU, microcéphalie, hydrocéphalie,…),
    • Prévention : Pas de vaccin. Des règles d'hygiène assez contraignantes peuvent réduire l'incidence des séroconversions.
  • Parvovirus B19 :
    • Fréquence chez la femme enceinte : 0.5 à 1% des grossesses,
    • Transmission maternofoetale : estimée à 30%,
    • Conséquences : anémie fœtale transitoire par atteinte des précurseurs médullaires. Les formes sévères entraînent un anasarque foetoplacentaire avec haut risque de mort in utero. En revanche, si le fœtus survit, la guérison sans séquelles est possible. Le taux global de pertes fœtales est mal connu,
    • Prévention : Aucune.
  • Herpès :
    • Fréquence chez la femme enceinte : 3 à 5% des femmes ont des antécédents d'herpès génital récurrent mais 20% sont séropositives pour le virus HSV2,
    • Transmission maternofoetale : La majorité des cas surviennent à l'accouchement. Le risque dépend du contexte clinique : > 50 % si primo-infection dans le mois précédent le travail, 2 à 5 % si récurrence dans la semaine précédente, moins de 1 / 1 000 si absence de lésions visibles,
    • Conséquences : L'herpès néonatal est très rare : < 1 / 10 000 naissances. En revanche, son pronostic est sombre : plus de la moitié des nouveau-nés décèdent ou gardent de lourdes séquelles,
    • Prévention : Interrogatoire et examen clinique ; césarienne prophylactique si herpès récent ou lésions suspectes à l'entrée en salle de travail ; traitement antiviral au 9è mois chez les femmes à haut risque.
  • Hépatite B :
    • Fréquence du portage de l'antigène HBs chez la femme enceinte : 0.15 % en moyenne ; 1.5 à 3 % dans les régions parisienne et lyonnaise ; jusqu'à 5 à 8 % dans les populations immigrées d'Afrique Noire et d'Asie du sud-est,
    • Transmission maternofoetale : Le risque dépend de la réplication virale : 90 % si présence d'ADN viral (recherche par PCR), 10 à 20 % si ADN viral négatif et Ac anti-HBe négatifs, proche de 0 si Ac anti-HBe positifs,
    • Conséquences : 90 % de passage à la chronicité. Risque élevé de cirrhose et de carcinome hépatocellulaire,
    • Prévention : Vaccination des femmes à risque. Recherche obligatoire de l'antigène HBs pendant la grossesse. Immunoglobulines et vaccination du nouveau-né si la mère est porteuse de l'antigène HBs.
  • Hépatite C :
    • Fréquence chez la femme enceinte : 1% (facteurs de risque : toxicomanie intraveineuse, transfusion avant 1991, populations originaires d'Afrique Noire),
    • Transmission maternofoetale : Globalement < 5%. Elle est influencée par deux facteurs : la sérologie HIV et la charge virale,
    • Conséquences : L'évolution lointaine du nouveau-né contaminé est encore mal connue,
    • Prévention : Elle est basée sur un traitement antiviral préconceptionnel par l'interféron ? 2 ou la ribavirine visant à réduire la charge virale. Ces produits sont formellement contre-indiqués chez la femme enceinte.
  • HIV :
    • Fréquence chez la femme enceinte : un peu plus de 1000 grossesses par an,
    • Transmission materno-fœtale : 16%,
    • Conséquences : SIDA,
    • La prévention repose sur 4 mesures : le dépistage de l'infection maternelle, la surveillance de la grossesse, le traitement antirétroviral et, souvent, une césarienne prophylactique et le traitement du nouveau-né.
 
Dernière mise à jour : 24/08/2006