Question pédagogique

  Quand un enfant semble mal entendre les sons, dois-je y remédier seul(e) en classe ? dois-je recommander la consultation d’un spécialiste aux parents ? dois-je faire appel au Rased ?
 
 
  Mal entendre les sons : analyse de la difficulté
 
 
 

Il est bien sûr nécessaire de s’assurer, avec la médecine scolaire, que l’enfant qui «entend mal les sons» (du langage) ne souffre pas d’une insuffisance sensorielle. Mais le plus souvent, «mal entendre les sons» (ou plus précisément les phonèmes) n’est pas lié à un problème auditif mais à une difficulté cognitivo linguistique. Ce type de difficulté se situe, non pas dans le domaine de perception et de l’équipement sensoriel (acuité auditive, discrimination auditive) mais dans celui de la conscience linguistique et en particulier dans celui de la conscience phonémique ou phonologique. La conscience linguistique – ou ensemble des compétences métalinguistiques – regroupe diverses capacités à manipuler et à «penser» les aspects formels d’un énoncé verbal: par exemple isoler tel ou tel «son» (phonème), faire « l’épellation phonétique » d’un mot, juger de la grammaticalité d’un énoncé, le corriger et le reformuler, etc … La conscience linguistique met en jeu chez le sujet un rapport particulier à la langue : celui du "linguiste" (qui réfléchit sur la langue et son fonctionnement) et pas seulement celui de l’usager (le «parleur»). Avec le développement de cette conscience linguistique et de cette posture métalinguistique (celle du «linguiste») l’enfant qui apprend à lire - écrire traite la langue orale d’une façon nouvelle: ce n’est plus seulement un outil de communication, c’est aussi un objet d’étude et de connaissance et donc un objet de réflexion et de manipulation consciente et volontaire.

Vers 6 ans, une partie des enfants a du mal à isoler des phonèmes (unités linguistiques) et à faire l’analyse ou la segmentation phonétique des mots parce qu’il s’agit d’un exercice linguistique abstrait. Des adultes analphabètes ayant une bonne acuité auditive (avec des sons naturels) ont le même type de difficultés que ces enfants de 6 ans lorsqu’il s’agit de tâches (méta)phonologiques (avec les sons du langage, les phonèmes).

Exemple: Alex (6 ans, CP mi-octobre) au cours d’un exercice sur le «son /a /» (lever le doigt si l’on entend le son /a/). Alex ne réagit pas quand la maîtresse dit «chat»
- Maîtresse: chat…Tu n’entends pas «a»
- (Silence)
- Chat…Chat – Tu entends «a»?
- (Silence)
- Qu’est-ce que tu entends dans «chat»?
- Miaou.

La réponse d’Alex peut s’analyser de deux façons (probablement complémentaires). Ou bien l’enfant n’a pas (encore) développé une habileté instrumentale spécifique de l’acquisition de la lecture-écriture: la conscience phonémique ou phonologique. Ou bien il n’a pas (encore) établi un rapport (méta)linguistique au langage et aux tâches scolaires centrées sur la maîtrise de la langue : au lieu de se centrer sur les aspects linguistiques formels (phonologiques) du mot «chat» ( j’entends «a») il se centre sur les aspects concrets, pratiques de l’objet chat («j’entends miaou»). Si les difficultés à «entendre les sons du langage » persistent après la mi-CP, il convient d’alerter le RASED et/ou un orthophoniste.

 

Gérard CHAUVEAU  (2004)