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Les IO de 2002 accordent à la littérature de jeunesse et aux textes littéraires une place à part. La littérature de jeunesse, en effet, permet la mise en œuvre de séquences riches et variées afin de découvrir le fonctionnement du texte littéraire. On proposera les séquences suivantes.
Lorsqu’on travaille les textes littéraires se pose très vite la question du narrateur. Par définition, le narrateur est celui qui raconte l’histoire. Le narrateur peut-être extérieur au récit ou en faire partie. Dans le premier cas, le narrateur peut s’effacer complètement ou être très présent, donnant son opinion, expliquant, prenant la parole à la première personne, interpellant le lecteur. Mais même s’il s’efface totalement ses choix de narration le révèlent : description externe des événements ou focalisation interne sur un personnage ou plusieurs successivement ; point de vue adopté pour décrire un personnage, un lieu, une action ; choix d’une description approfondie de certains moments du récit et résumé en une phrase d’autres moments… Ce narrateur externe a une grande liberté ; toutefois, il est effectivement ressenti comme lointain par le lecteur réel, un inconvénient quand on veut favoriser l’implication des jeunes lecteurs. Le narrateur personnage raconte à la première personne. Il peut être le héros lui-même, c’est le plus fréquent dans la littérature de jeunesse ou le témoin complice du héros comme dans la série des Kamo de Pennac. Ce narrateur personnage, le lecteur le ressent comme proche de lui, toutefois, l’inconvénient de ce mode de narration, c’est qu’il interdit généralement la focalisation interne sur d’autres personnages et que, pour rapporter des faits auxquels il n’a pas assisté, ce narrateur doit le justifier : on le lui a dit, il l’a lu dans le journal. Certains auteurs parviennent à tourner cette difficulté en recourrant à plusieurs narrateurs alternés. Par exemple, dans Tu me plais ! d’Adrien Bröger, alternent, un chapitre sur deux, un narrateur en je et un narrateur en il. Dans Rendez-vous au collège de Stéphane Méliade, La maison des trains de Nadine Brun Cosme, Matin d’orage de J. Venuleth, deux narrateurs à la première personne alternent et dans La balançoire d’A.M. Pupierski-Bridy, ils sont même trois.
La notion de point de vue mérite aussi une séquence d’apprentissage. Gérard Genette s’est attaché à distinguer, chez le narrateur, la voix et la focalisation. L’analogie avec la caméra permet de mieux cerner cette notion. En premier lieu, la caméra peut être braquée à l’intérieur ou à l’extérieur du héros, montrer ses sentiments, ses émotions, ses souvenirs, ou montrer que du dehors : expressions gestuelles, mimiques, - à charge du lecteur, alors de relier ces signes extérieurs à des émotions. On parle alors de focalisation interne ou externe. La narration en « je » est nécessairement interne pour le narrateur, externe pour les autres personnages. La narration à la troisième personne permet tous les choix. A ceci s’ajoute la largeur du champ de vision. Un point de vue externe peut choisir de se concentrer exclusivement sur un personnage ou sur toute une famille, voire sur un groupe social par exemple, tout comme une description peut ressortir en gros plan ou en plan général. Mais en l’occurrence, le point de vue n’est pas seulement spatial, il peut être temporel : l’épaisseur d’un personnage (qu’il soit vu de l’intérieur ou de l’extérieur), peut dépendre, par exemple, d’une grande quantité de références à ses souvenirs, à sa vie passée. Enfin, cette caméra est en quelque sorte affective. Le narrateur fait passer son point de vue quand il narre les événements ou décrit des personnages. Il n’est pas nécessaire pour autant qu’il donne son avis ; les termes utilisés, ou la centration sur certains aspects, suffisent souvent à faire passer un point de vue.
Afin d’aborder cette notion C. Poslianec propose dans Activité de lecture à partir de la littérature de jeunesse, (Hachette éducation, 2000) de comparer les points de vue de deux romans :
- Un ange à la récré, d’Anne Fine, « Mouche », l’Ecole des Loisirs, 1998.
- Sa dernière blague, de Valérie Dayre, « Mouche », l’Ecole des Loisirs , 1998.
L’objectif de l’activité consiste à distinguer les points de vue des deux livres qui présentent bien des similitudes : l’histoire se déroule dans une école, le point de départ est similaire : l’arrivée d’une nouvelle élève qui a l’air d’un ange. Et, dans les deux cas, l’histoire est racontée à la première personne par une camarade de l’héroïne. La différence essentielle concerne les deux personnages principaux. Si toutes les deux ont l’air d’anges, Céleste, dans Un ange à la récré, se comporte positivement et parvient à résoudre les problèmes de la classe alors qu’Astrid, dans Sa dernière blague , une blague fort cruelle dont est victime la narratrice, est une hypocrite qui cache bien son jeu. Quand on leur propose de comparer les deux livres, les lecteurs voient immédiatement les différences au niveau des personnages mais ne remarquent pas forcément les différences au niveau de la narration. Il faudra donc sans doute attirer leur attention là-dessus. Le point de vue des deux jeunes narratrices est différent. Si toutes deux se focalisent principalement sur le personnage d’ange, la narratrice d’ Un ange à la récré prend de la distance par rapport aux événement narrés. Elle adopte, en quelque sorte, le point de vue du journaliste. Au contraire, la narratrice de Sa dernière blague se centre beaucoup sur ses propres émotions, s’implique dans le récit, et les événements apparaissent comme filtrés par tout ce qu’elle ressent, qui évolue au cours de récit, en même temps que la vraie nature de la seconde Astrid se révèle.
Enfin, il est possible de travailler sur la notion de personnage. Une approche superficielle de cette notion se contente généralement de distinguer personnages principaux et personnages secondaires, mais par rapport à quoi ? Leur implication dans le récit ? Le type de focalisation ? Le fait qu’ils agissent ou non ? La place qui leur est consacrée dans le discours du narrateur ? Le personnage est une réalité plus complexe qu’il y paraît, comme l’a très bien montré Catherine Tauveron. Le personnage apparaît comme le principal mode d’entrée dans une fiction. C’est par lui, et par l’illusion référentielle qu’il provoque, que le lecteur établit ce contrat particulier de lecture qui jette une passerelle entre l’imaginaire et le réel. D’où l’importance de cette instance narrative.
Bibliographie
Lire des textes littéraires au cycle III, CDDP d’Auvergne, 1997.
Poslianec C. et Houyel C., Activités de lecture à partir de la littérature de jeunesse, Hachette éducation, 2000.
Tauveron C., Lire la littérature à l’école, Pourquoi et comment conduire cet apprentissage spécifique ?, Hatier, 2002. |
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