Code écrit

La langue écrite est un code ; entre la composition orthographique d'un mot et le sens qui lui correspond, il existe une relation que l'on qualifie d'arbitraire. Rien ne prédispose la forme graphique du mot "boulangerie" à évoquer l'endroit où l'on vend du pain ; pas plus qu'en anglais, le mot "bakery" à désigner ce lieu ou bien en espagnol le mot "panaderia". C'est uniquement parce que tous les membres de la communauté linguistique française acceptent le fait que c'est bien la combinaison orthographique "b-ou-l-an-ge-r-ie" et pas une autre qui doit être associée au sens de "endroit où se vend le pain" que ce mot existe et fait partie de notre vocabulaire. Chaque mot fait ainsi l'objet d'une convention sociale qui accouple un support graphique spécifique à un sens spécifique et cet accouplement n'a rien de "naturel". Un enfant ne peut donc pas découvrir spontanément l'identité d'un mot comme on peut, à leur simple vue, identifier un objet ou un être. Les 26 lettres de l'alphabet permettent, en se combinant, de façon à chaque fois différente, de fournir des supports arbitraires aux dizaines de milliers de mots du français. Si, pour un lecteur expert il paraît naturel de lier telle combinaison de lettres à tel sens, c'est parce qu'il a réussi à rendre automatique ce processus d'identification. Ce n'est pas le cas d'un apprenti-lecteur qui, lui, doit percer les secrets du code écrit et, pour ce faire, a besoin qu'on lui livre progressivement les clés des relations entre lettres et sons.