La place de la syntaxe dans l'apprentissage de la lecture

L'écrit, bien plus que l'oral, met en évidence le caractère segmenté du langage. La représentation écrite de la langue permet à l'apprenti-lecteur de prendre avec elle une distance propice à en distinguer les composantes dans leur successivité. Hormis pour le linguiste, c'est l'écrit qui atteste de l'existence des articulations de la langue orale, qui leur donne corps et les rend disponibles pour l'observation et la manipulation. Révélant l'oral dans la successivité de ses segments, l'écrit peut produire - effet pervers - ce que l'on pourrait appeler un "éblouissement segmental" ; éblouissement qui, si il n'est pas "réfléchi" et tempéré par la conscience révélée de l'organisation syntaxique, risque pour certains enfants de rendre l'acte de lire synonyme d'alignement d'unités à courte vue. L'acte de lire suppose une volonté maîtrisée de se saisir de la successivité des mots pour construire lucidement une expérience globale, cohérente et homogène. Un tel comportement sémiologique nous paraît devoir être assuré par un accompagnement pédagogique soucieux de faire comprendre les enjeux de la syntaxe et d'apprendre à identifier les instruments qu'elle met à la disposition du lecteur. La découverte du principe syntaxique nous paraît ainsi faire partie intégrante de l'apprentissage de la lecture au cycle 2 ; s'assurer que tous les élèves peuvent mettre en oeuvre ce principe syntaxique de façon lucide et volontaire devrait constituer un des objectifs de l'enseignement de la lecture.