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| Staff de médecine interne |
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Staff du : 03-03-00
Dr.Anne Gaëlle Si Larbi, Dr.Philippe Blanche, Service de Médecine Interne, Pr. Sicard, Cochin
Patiente de 34 ans, Marocaine
Antécédents
- Péricardite aiguë traitée par Aspirine en 1991
- Polyarthralgie inflammatoire sans arthrite t Apranax de 1994 à 1998.
- Eruption cutanée en plaques bien limitées, non prurigineuses prédominant au niveau du
thorax et des cuisses, de plusieurs cm de diamètre, discrètement squameuses en 1998.
Jamais de vespertilio.
Diagnostic de lupus cutané subaigu (mise en route d'une corticothérapie 45 mg/jour, la
patiente restant actuellement sous 4 mg/jour de Cortancyl et d'un traitement par Plaquenil
(2 cp/jour) toujours continué).
Histoire de la Maladie
- Douleur thoracique antérieure avec fébricule depuis 2 semaines.
- Consultation aux urgences et constatation d'un épanchement pleural liquidien bilatéral
minime, d'une cardiomégalie avec en échographie : épanchement péricardiaque
circonférentiel moyennement abondant non compressif.
- Examen clinique sans particularité : absence d'arthrite. Absence de manifestation
cutanée. Fièvre jusqu'à 39°C.
- Biologiquement
- Hyperleucocytose (12 100 GB/mm3) à PNN avec lymphopénie
(700/mm3).
- Syndrome inflammatoire caractérisé par une CRP très élevée à 210 mg/l.
- ECBU négatifs ; Hémocultures x3 négatives ; recherche de BK par tubages négative
(IDR à la tuberculine = 10 mm) ; antigénémie cryptococcique négative.
- Concernant le lupus : absence de protéinurie, hématurie ou de leucocyturie ;
créatinine normale à 70 micromol/l. ; C3C4CH50 normal.
- FAN + (1/640ème) ; IgG anti-ADN natif (+) (25 Ul en Elisa) ; Anti- Ro (+) ; Anti-ECT
(-).
- Réalisation initiale d'une scintigraphie pulmonaire de perfusion et d'un échodoppler
veineux des membres inférieurs s'avérant normaux, éliminant l'hypothèse de
l'embolie pulmonaire.
Evolution
Lentement favorable sous Aspirine 3g/jour (et antalgique), sans modification de la dose
de Cortancyl. Au 10ème jour de traitement, la CRP est de 25 mg/l.
Du fait de l'hyperleucocytose à PNN, un dosage de ferritine est effectué,
discrètement élevé à
299 microgrammes/l pour une N < 200 (banalement en contexte inflammatoire).
L'hypothèse d'une maladie de Still de l'adulte est évoquée. La ferritine glycosylée
est effondrée (13%).
Commentaires (Dr. P Blanche)
- Initialement, en contexte fébrile, avec hyperleucocytose à PNN et franche
élévation de la CRP, il était important de ne pas méconnaître :
- Une embolie pulmonaire éliminée par la normalité de la scintigraphie pulmonaire de
perfusion (la patiente n'a pas de syndrome des antiphospholipides secondaires susceptible
de s'intriquer dans une maladie lupique).
- Une infection à pyogène (dans cette hypothèse, nous avons dosé la procalcitoninémie
qui s'est avérée négative inférieure à 0,2 nanogrammes/mI. Ce marqueur inflammatoire
est de plus en plus utilisé notamment en pédiatrie en présence d'un syndrome aigu
fébrile pour distinguer une fièvre d'origine virale qui ne fait pas monter la
procalcitonine et une fièvre d'origine bactérienne qui fait monter la procalcitonine
surtout quand l'infection bactérienne est grave. Ce marqueur de l'inflammation pourrait
également être utile au cours de la pathologie VIH pour distinguer une fièvre en
rapport avec une infection à pyogène, d'une fièvre en rapport avec une infection
mycobactérienne, parasitaire, fungique, d'un lymphome... Dans notre observation, elle a
constitué un argument de poids pour éliminer une infection bactérienne à pyogène.
- Une tuberculose était peu vraisemblable et nous nous sommes contentés de trois
recherches de BK par tubage (négatives à l'examen direct). La cryptococcose était
également peu envisageable bien que cette infection opportuniste puisse être observée
au cours du lupus (I'antigènémie cryptococcique négative nous a suffi).
- Trois hypothèses restent envisageables :
- L'hypothèse la plus probable est celle d'une pleuropéricardite lupique.
- L'hypothèse d'une pleuropéricardite d'origine virale est plausible (classiquement, les
infections virales et la maladie lupique ne font pas monter de façon aussi importante la
CRP sauf exception et souvent en cas de sérite).
- La dernière hypothèse à envisager est celle d'une maladie de Still de l'adulte dont
les signes cardinaux sont : la fièvre hectique, classiquement maximale le soir et absente
le matin, l'éruption cutanée maculeuse prédominant aux racines surtout constatée le
soir lorsque le malade est fébrile, les arthralgies inflammatoires notamment des poignets,
les sérites, quelquefois une hypertrophie des organes lymphoïdes ; biologiquement une
hyperleucocytose à PNN et souvent une ferritinémie très élevée avec de façon
caractéristique une ferritine glycosylée inférieure à 20% lors des poussées de la
maladie mais également pendant les phases de rémission.
L'évolution un mois après le début des troubles semble donner raison à l'attitude
thérapeutique choisie : amélioration complète de la symptomatologie malgré la
diminution de la dose d'Aspirine, le Cortancyl n'ayant pas été modifié.
Références
Eberhard O.K. et al. Arthritis Rheum 1997; 40 : 1250 -1256.
A propos de l'intérêt de doser la procalcitonine pour distinguer une infection
bactérienne invasive et une poussée de maladie systémique auto-immune (qu'il s'agisse
d'un lupus ou d'une vascularite).
Gérard Y. et al. J Infect 1997; 35: 41-46.
Intérêt de doser la procalcitonine en cas de fièvre chez un patient infecté par le
VIH.
Lorrot M. et al. Presse Med 2000; 29: 128 - 134.
Intérêt du dosage de la procalcitonine aux urgences pédiatriques pour distinguer une
fièvre aiguë d'origine virale d'une fièvre aiguë d'origine bactérienne.
Miyata T. et al. N Engl J Med 1994; 330: 249 - 255 (et Schwartz RS. Editorial .
N Engl J Med 1994; 330: 283 - 284).
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