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| Staff de médecine interne |
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Staff du : 10-03-00
Dr. Pascale Jouve, Dr. Philippe Blanche, Service de Médecine Interne (Pr Sicard), Hôpital Cochin
Patient de 41 ans, Yougoslave vivant en France depuis 2 mois.
1- Baisse d'acuité visuelle bilatérale brutale avec constatation aux
urgences d'une hypertension artérielle
(230 - 140 mmHg) et à l'examen du fond de l'il (acuité visuelle : 2/10 à gauche,
5/10 à droite) d'un dème papillaire bilatéral avec hémorragies et exsudats
rétiniens bilatéraux.
L'évolution favorable sous traitement anti-hypertenseur (Loxen IV) fait retenir le
diagnostic d'hypertension artérielle maligne responsable du trouble oculaire.
Le bilan de cette hypertension artérielle (connue du patient depuis 1997
non traitée) va montrer :
- Cardiopathie hypertensive en échographie avec hypertrophie du septum interventriculaire
(cet examen est souvent utile chez un patient découvert hypertendu car il permet alors,
en cas d'anomalie, sans retard, de mettre en route un traitement anti-hypertenseur quant
il objective ce type d'hypertrophie).
- Echographie rénale montrant un rein droit atrophique (cm) et un rein gauche
hypertrophié (13 cm). Ultérieurement le doppler des artères rénales confirmera
l'existence d'un obstacle serré sur l'artère rénale droite.
- La scintigraphie rénale au DTPA montrera un déficit fonctionnel majeur du rein droit
(7% de perfusion à droite, 93% à gauche).
- Absence d'hématurie, absence de leucocyturie mais protéinurie (entre 0,6 et 1,45 g/24
h) glomérulaire non sélective (60% d'albumine), avec une fonction rénale sub-normale
(créatinémie 98 micromol/l soit une clearance de la créatinine à 80 ml/mn).
- Aldostéronémie couché élevée à 477 pg/ml (N : 20 - 130), aldostéronémie debout
moins élevée à 366 pg/ml (N : 60 - 350), l'activité rénine plasmatique étant normale
en position couchée et debout (c'est à dire trop élevée ce qui permet de retenir le
diagnostic d'hyperaldostéronisme secondaire à la sténose de l'artère rénale droite).
2- Chez un patient tabagique (13 PA) hypertendu, intolérant aux
hydrates de carbone, ayant une hyperlipémie de type IIA non traitée, survenue pendant
l'hospitalisation d'un infarctus du myocarde inférieur compliqué d'un dème aigu
du poumon et d'un bloc auriculo- ventriculaire de type Il.
- La coronarographie montre une sténose serrée strictement isolée du segment Il de
l'artère coronaire droite.
- Le patient est traité par angioplastie avec mise en place d'un stent et traitement
anti-agrégant associant Aspégic et Plavix.
- L'échodoppler artériel des troncs supra-aortiques, de l'aorte et des membres
inférieurs ne montrent pas de lésion athéromateuse par ailleurs. Ce malade a donc deux
obstacles artériels coronaire droit et rénal droit.
3- Rhumatisme inflammatoire chronique semblant évoluer depuis
10 ans.
- Polyarthrite symétrique, non nodulaire, non destructrice, LWR (-) mais avec présence
d'anticorps anti-cytokératine spécifiques de la polyarthrite rhumatoïde (peu sensibles
car rencontrés dans environ
30 à 40% des cas).
- FAN (+) à taux faible 1/160ème, sans anticorps anti-ADN, sans anticorps anti-Ro, sans
anticorps anti-La, sans anticorps anti-RNP, sans anticorps anti-Sm.
L'hypothèse d'une polyarthrite rhumatoïde sans syndrome de Gougerot Sjögren (biopsie
des glandes salivaires normale) est retenue.
4- Syndrome de Raynaud des 4 membres et du nez évoluant depuis
2 ans.
- Sclérodactylie et aspect scléreux et dépilé des chevilles et du tiers inférieur des
deux jambes.
- Aspect de bouche de bébé avec diminution de l'ouverture buccal et diminution des rides
frontales.
- Dysphagie sans pyrosis.
- Dyspnée d'effort stade Il.
L'ensemble de ces signes est compatible avec une sclérodermie.
- Anticorps anti-centromère et anticorps anti-SCL 70 en attente.
- Capillaroscopie normale.
- Manométrie sophagienne prévue.
- EFR montrant un syndrome restrictif (CPT à 70% de la théorique) mais sans trouble de
la diffusion du CO.
5- Recherche de facteurs de risques de thrombose
- Présence d'un syndrome des antiphospholipides - anticardiolipines de type IgG (+) : 55
Ul ; anticorps anti-béta2GP1 de type IgG : 26 Ul ; présence d'un anticoagulant circulant
de type lupique ;
TPHA VDRL (-).
- Folates normaux mais franche carence en vitamine B12 (59 pM/I) (anticorps anti-estomac
et facteur intrinsèque en cours ; test de Schilling prévu) avec hyperhomocystéinémie
modérée à 15,5 micromol/l.
- Protéine C, protéine S, antithrombine III, HC2, résistance à la protéine C
activée, facteur V leiden, G20210A en cours.
Comment traiter ce patient ?
- Le traitement par anti-agrégant est pour l'instant indispensable après la mise en
place d'un Stent. Au long cours il reposera sur l'Aspégic (100 à 250 mg/jour).
- L'Amlor, inhibiteur calcique est prescrit à la dose de 10 mg/jour (efficace sur le
Raynaud, sans action inotrope négative).
- Le Sectral, bétabloqueur, à la dose de 50 mg matin et soir est prescrit dans les
suites de l'infarctus du myocarde.
- Le Lasilix (diurétique de l'Anse) est maintenu à la dose de 20 mg/jour dans les suites
de l'oedème aigu du poumon.
- Un traitement par Vitamine B12 (et acide folique) devrait permettre de corriger
l'hyperhomocystéinémie facteur de risque d'athérome et de thrombose.
- L'Elisor, une statine, devrait normaliser les chiffres de lipémie (et avoir une action
"stabilisatrice de membrane vasculaire").
- Quant au problème rénal :
Faut-il considérer qu'il s'agit exclusivement d'une maladie réno-vasculaire et
proposer :
- Un traitement par inhibiteur de l'enzyme de conversion en suivant de très près
initialement l'évolution de la fonction rénale ?
- N'est-il pas trop tard pour tenter un geste de revascularisation ?
- N'est-il pas trop lourd de proposer au patient une néphrectomie droite (l'analyse
histologique de ce rein montrerait vraisemblablement des lésions de
néphro-angiosclérose et ne répondrait d'ailleurs pas à la question de savoir s'il
existe au niveau du rein fonctionnel une glomérulonéphrite chronique susceptible de
s'intégrer dans le cadre de la connectivite mixte de ce patient au sens vrai du terme,
mais pas au sens d'un syndrome de Sharp dont le patient n'a pas les stigmates et n'a pas
la signature immunologique, c'est à dire la présence isolée à un taux élevé
d'anticorps anti-RNP) ?
- Faut-il considérer que la connective mixte est responsable d'une glomérulonéphrite
chronique qui pourrait bénéficier d'un traitement immunosuppresseur ?
- Effectuer une ponction biopsie rénale sur un rein gauche unique fonctionnel est-il
envisageable ?
- Proposer un test thérapeutique corticoïde (voire Endoxan) parait disproportionné et
susceptible d'effets secondaires.
La décision du staff a été de proposer au patient sous stricte
surveillance un traitement par inhibiteur de l'enzyme de conversion : Triatec : 1,25
mg/jour avec augmentation très progressive des doses ; la réalisation d'une angiographie
rénale pour décider d'éventuelles possibilités de revascularisation.
Référence
Halimi J.M. et al. Am J Med 2000; 108 : 120-126.
La maladie artérielle réno-vasculaire peut être à l'origine d'un syndrome
néphrétique (seule hypothèse que nous formulons chez notre patient).
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