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Dans l’acceptation la plus étroite, deux mots sont voisins orthographiques s’ils ne diffèrent que par une seule lettre (comme "chapeau" et "chameau"). Plus généralement, le phénomène dit de "voisinage orthographique" désigne l’utilisation, par le lecteur, des analogies orthographiques existant entre les mots. Ainsi, lors de la lecture à voix haute, les connaissances du lecteur concernant la prononciation des mots qu’il a déjà rencontrés sont susceptibles d’influencer sa prononciation des mots orthographiquement ressemblants qu’il rencontre pour la première fois. Généralement ces analogies facilitent la lecture des mots nouveaux, mais occasionnellement elles peuvent conduire à des prononciations incorrectes par rapport à ce qui est autorisé par les règles de la langue.
Par exemple, en français, la prononciation de la lettre "g" dépend de la voyelle qui la suit: "g" se prononce [Z] devant "e", "i", ou "y" et [g] devant "a", "u", ou "o". Peereman (1991) a montré que, dans une tâche de lecture de mots sans signification les items comme "vigaque" sont correctement prononcés [vigak] dans plus de 95% des cas alors que des items comme "logaque" occasionnent presque 30% de prononciation illégale par rapport à la langue [loZαK] par analogie avec le mot "logique".
Cette utilisation du voisinage orthographique n’est pas spécifique au lecteur confirmé elle a été retrouvée chez l’apprenti lecteur. Dans une comparaison interlangue, Goswami, Gombert & Fraca de Barrera (1998) ont établi en anglais, espagnol et français deux listes de mots inventés. Dans chaque langue, une liste était composée de pseudo-mots ayant beaucoup de voisins orthographiques à la première lettre près (par exemple en français: "vage" ou "fecteur") et une autre dont les pseudo-mots ayant peu de voisins orthographiques ("jaje" ou "teurfec"). Les enfants devaient lire les listes à haute voix, vite et sans erreur. Les résultats montrent que dès le CE1 les items ayant de nombreux voisins orthographiques sont lus plus vite et avec moins d’erreurs que les autres. Cet effet est plus marqué en anglais qu’en français et en français qu’en espagnol. Cette hiérarchie tient sans doute à ce que plus l’orthographe est irrégulière, plus les analogies facilitent la lecture. Avec une méthodologie différente, Gombert et Peereman (2001) montre une influence des mots connus sur la lecture des mots nouveaux dès le début de l’apprentissage de la lecture. Ce résultat suggère que très tôt, avant même l’apprentissage de la lecture, le système cognitif de l’enfant est sensible aux régularités orthographiques présentées par les mots qu’il manipule et que les connaissances qui s’installent ainsi par apprentissage implicite jouent un rôle dans l’apprentissage de la lecture. |
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